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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 20:30
Mercredi 22 octobre 2008

 


Mon a-Dieu à sœur Emmanuelle

 

Madeleine Cinquin, Soeur Emmanuelle de son nom de religieuse, est passé de l’autre côté dans la nuit du 19 au 20 octobre. Elle vit.


Comme beaucoup de gens, j’ai souvent été interpellé par cette petite bonne femme en blouse grise et baskets, par sa vitalité communicative et son franc-parler incisif.


Sa lutte opiniâtre contre la pauvreté durant les 20 ans où elle partagea la vie des chiffonniers du Caire, principalement dans le bidonville d'Ezbet el-Nakhl, ont fait d’elle une figure emblématique et populaire de la charité. En l’écoutant parler ou en regardant des reportages sur son action, je me sentais à la fois minuscule et immense. Minuscule parce que son sens du dévouement et son audace – elle ne semblait avoir peur de rien ni de personne – me renvoyait souvent à mes lâchetés et à mon égoïsme. Mais aussi immense parce qu’au-delà de sa personne, se révélaient la grandeur de l’humain et son extraordinaire potentiel d’amour.


Ce qui m’a particulièrement touché chez cette femme est son universalité de cœur et d’esprit. Elle n’accordait que fort peu d’importance aux dogmes et aux frontière doctrinales, et ne s’en cachait pas, même si ce n’est pas ce que les media ont le plus retenu de sa personne. Pour elle, l’amour était au-dessus de tout. Elle aimait évoquer le jour de sa mort en disant « Lorsque je vais me retrouver devant Dieu, il ne me demandera ni mon certificat de baptême ni si je suis allé régulièrement à la messe, non, il me demandera si j’ai su aimer ». Sœur Emmanuelle pratiquait un dialogue interreligieux de terrain, sans carcan institutionnel ni arrières pensées de prosélytisme. Elle oeuvrait à sa façon aux rapprochement entre Juifs, Chrétiens et Musulmans en espérant un temps où la foi ne serait plus un obstacle entre les hommes mais une énergie commune mise au service de toute l’humanité.

La religion, en tant que système et institution, n’était pas son affaire. Elle fut souvent écartelée entre le devoir d’obéissance lié à ses vœux de religieuse et sa conscience de femme libre, qui s’accordait mal avec les choix et orientations de la hiérarchie catholique. L’Eglise qu’elle aimait était l’église d’en bas, l’église de terrain, celle de la grande fraternité humaine, de la simplicité et de l’amour sans condition. Au détour de certains passages de ses livres ou d’une interview, on pouvait sentir sa souffrance de devoir se soumettre. Cette souffrance la travailla régulièrement, jusqu’à l’année 1993 où, à 85 ans, elle du, à contre cœur et sur ordre de sa hiérarchie, quitter l'Egypte et ses "amis les chiffonniers" auprès desquels elle aurait préféré mourir, pour prendre sa retraite en France.

A une journaliste de l’Express (article daté du 29/06/1995) qui l’interrogeait sur sa vocation religieuse, elle répondait : « Je n'ai jamais choisi la voie de l'Eglise, jamais de la vie! J'ai choisi Dieu, ce n'est pas pareil! Les structures de l'Eglise ne m'intéressent absolument pas. Lorsque j'avais 20 ans, il n'y avait qu'une voie pour servir Dieu totalement: la vie religieuse. (…) aujourd'hui, je n'aurais probablement pas suivi la voie que vous appelez l'Eglise, j'aurais choisi une cause et je m'y serais dévouée. Je voulais faire de ma vie quelque chose qui ne meure pas, quelque chose d'absolu, parce que j'avais le sentiment que tout passe, tout coule, et qu'au milieu il y a un être qui ne coule pas, c'est Dieu. J'ai voulu entrer dans ce fleuve très limpide qui va droit à l'essentiel: l'Homme ».



Ma sœur Emmanuel, merci pour ta foi en Dieu et en l’homme, indissociables. Merci pour la voie que tu as montré. Même si tu n’as pas su ou pu reprendre ta liberté face à un système dans lequel tu ne te reconnaissais pas – en cela je ne te juge pas -, ton cœur battait au rythme de la liberté du Christ et tu savais qu’il « vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux (pouvoirs des) hommes » (Actes 5, 29). Tu pressentais, au fond de ton âme, la venue d’une spiritualité du partage et de la communion entre tous, sans exclus ni discrimination, un dépassement de la religion instituée et doctrinale par l’amour évangélique transformateur, le don de sois sans étiquettes, ni frontières. Merci.

 

 Sœur Emmanuelle a fondé en 1980 l'association « Asmae-association Soeur Emmanuelle » qui aide des milliers d'enfants dans le monde de l'Egypte au Soudan, du Liban aux Philippines, de l'Inde au Burkina Faso. Elle a publié plusieurs livres, notamment "Richesse de la pauvreté" (2001), "Secrets de vie" (2000), "Yalla les jeunes" (1997), "Le paradis, c'est les autres" (1995), "J'ai cent ans et je voudrais vous dire" (2008).


http://le-jardin.over-blog.net/article-23998130.html

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Published by Eva R-sistons au choc de civilisations - dans Dialogue inter-religieux
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  • : Eva est une femme de paix, de consensus, s'opposant au "choc de civilisations", prônant la tolérance, le dialogue et même la communion de civilisations. Elle veut être un pont fraternel entre les différentes religions monothéistes. Elle dénonce les fondamentalismes, les intégrismes, les communautarismes sectaires et fanatiques, repliés sur eux, intolérants, va-t-en-guerre, dominateurs, inquisiteurs, haineux, racistes, eugénistes, impérialistes.
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